vendredi 5 juin 2026

5 mois d''enfer

C'était le samedi 23 novembre 2024 vers 20h. Tout est parti d'une scène banale, ordinaire.  Sous l'insistante de sa mère qui est souvent en panique, lorsque mon fils Yassine refuse de prendre ses médicaments. Yassine s'isole en s'enfermant dans sa chambre et  ne veut parler à personne. Une situation insoutenable. Au début je me retiens, puis je décide d'aller le voir. Il refuse de m'ouvrir la porte de sa chambre. Après un certain temps, je réussi à pénétré dans sa chambre dans l'espoir de le raisonner : peine perdue. Il viens vers moi et me bouscule et me fait tomber à terre. En tombant  ma tête cogne sur le mur du couloir. Je fais semblant de saigner, mais cela ne semble pas l'atteindre. Il n'est pas receptif et sans compassion. Je décide alors de quitter la maison un instant pour m'échapper du stress et décompresser de l'état où je suis. Ma femme toujours en panique insiste pour m'accompagner. Yassine est resté enfermé dans sa chambre.
 Après  une vingtaine de minutes à l'extérieur en revient à la maison. 
La porte de l'appartement est grande ouverte et Yassine n'y est plus. C'etait le samedi 23 novembre 2024 et  le début d'un cauchemar qui va durer cinq mois.
Je le cherche le soir même, dans le quartier,  puis le lendemain toute la journée en ville, sans résultat. 
Deux jours après, le Mardi matin vers 8 heures, ma sœur Zohra m'appelle pour m'apprendre qu'il est assis en face du centre de formation des Adultes à Didouche Mourad. Elle essaye de lui parler mais  il refuse et s'enfuit. Elle le suit et me tient au courant minute après minute par téléphone. Je réussi à les rejoindre au centre ville à la rue Gambetta . Je suis à pieds et j'essaye de lui parler: en vain. Il s'enfuit. Au niveau du marché couvert avec l'aide de là police en arrive à l'arrêter et lui parler. Il est un peu agité. Il dialogue avec nous correctement en étant dans la contradiction de toutes nos propositions, ensuite il nous laisse et disparaît à travers les rues environnantes, après nous avoir fait un bras d'honneur avec un rire moqueur. Pendant toute la journée de jeudi, je distribue mon numéro de téléphone à travers plusieurs endroits de la ville: kiosque, brasserie, station de bus et de taxi...etc.
Le soir même  vers 20h quelqu'un m'appelle pour m'apprendre que mon fils erre au niveau de l'esplanade de la gare. Un endroit pleins de types dépravés, de mendiants et de drogués. 
On s'y rends aussitôt; moi et sa mère. Il n'y est plus. Je  recontacte la personne qui m'alerta et qui me rejoins aussitôt, pour chercher avec nous, mais en vain.
Je continu à le chercher.
 En pénétrant sur l'esplanade du cour de la révolution (côté port) avec la voiture, je l'aperçois assis sur le bord d'un  des carrés  qui entour les arbres de la grande esplanade . Mais dès qu'il me voit, il s'enfuit. Commence alors une longue marche à travers la ville. D'abord le long du boulevard du 1er novembre 54. On essaye  à plusieurs reprise de le maîtriser avec l'aide de plusieurs passants  et le ramener à la maison, sans succès. On abondonnent et on le laisse errer. Il est fatigué. En marchant il pose ses mains sur ses anches comme s'il avait des points de côtés. Arrivé du côté du quartier de la Menadia sur le boulevard Benboulaid , il a besoin de dormir. Il s'assis à l'entrée de la banque CPA. Il somnole, parfois il s'effronde et s'éveille. Je profite de cet instant pour chercher de l'aide chez la police juste à côté. Mais le permanence de l'arrondissement m'envoie balader avec mépris. Je décide de m'adresser alors directement au permanence de la wilaya, qui m'écouta et ordonnera que l'on s'occupe de mon cas. Le permanence d'arrondissement engagera aussitôt la procédure mais en m'avertissant à l'avance "Que si votre fils ne veut pas être pris en charge, on utilisa pas la force". Ainsi dit, ainsi fait. Mon fils refusera de les accompagner et continuera à errer sur le boulevard et nous avec. Le policier n'avait pas apprécier que j'aille voir le permanence wilaya. C'était 3h le Vendredi matin.
 En pénétrant dans la rue sans issue qui mène à la résidence de la wilaya près du collège Benboulaid, il sera chassé par les gardiens chargés de la sécurité . Nous étions très fatigués et décidions de cesser de le poursuivre. 
Ce même vendredi 29 novembre ma mère m'appelle vers 16h pour  m'apprendre que Yassine est chez elle. Il a brusquement, décidé d'aller chez elle, comme à chaque fois, après avoir passé presque une semaine en ville à errer un peu partout. Il est fatigué et blessé au pied. Il se lave sommairement et essaye de dormir. À mon arrivée, il s'enferme dans la salle de bain du p'tit appartement de ma mère pour ne pas me voir. J'en profite pour lui ramener ses médicaments. Ma sœur se chargera de lui donner (en cachette) dans ses reoas. 
Il passera presque un mois chez sa grand mère... Jusqu'au jour où ma vieille mère de 90 ans et ma sœur ne pouvait plus s'occuper de lui par fatigue et lassitude devant son comportement et son mode de vie: il refusait de se laver. Parfois il devient normal sort faire des courses et discute avec sa grand mère qu'Il semble apprécier la compagnie. 
Il passera ensuite  deux semaines chez nous dans notre ancien appartement des  "Allemands" . Il se remis  à ne pas nous parler, à s'isoler et à se méfier de nous... Jusque au jour où il quitta la maison à 8h du matin pour rentrer le lendemain à 6h ... Sous l'appel du Muezzin de Sobh. Il était en pleurs. C'était le mercredi 3 janvier 2025.
 Le soir du vendredi, il commencera à pleuvoir. Vers 20h, il quitta la maison, pour dit-il : " respirer un peu" . Il pleuvera des cordes toute la nuit et il ne rentrera. Le samedi matin, un agent de l'hôpital d'El Razi de passage du côté de l'avenue de L'ALN, l'aperçoit assis à même le sol en face de l'école de police  Je m'y rends aussitôt; mais il n'y était plus. Pendant toute la journée je le cherche partout. Plusieurs personnes me disent qu'ils l'ont vu ici est la, un peu partout, à tel ou tel endroit  et telle et telle heure.
Le lendemain dimanche vers 10h, le dimanche 7 janvier 2025., au niveau du petit jardin public à côté de la gare Yassine est là, debout et mouillé de la tête au pied. Sa mère va vers lui... Je la rejoins, il est dans un très mauvais état, il grelotte Il sent mauvais, il nous reconnaît et marmotte des mots sortis de nul part. Comme je me suis garé sur le trottoir, un policier chargé de la circulation, viens me voir pour me demander de circuler. Je lui explique la situation. Il alerte le poste de police de l'arrondissement juste à côté. Aussitôt les démarches terminées Yassine sera conduit par les pompiers à l'hôpital. Je suis abattu et  sans le vouloir des larmes coulent sur mes joues. Un policier viens me voir. Il me demande de ne pas pleuver. C'était plus fort que moi.
Aux urgences d'El Razi, il est allongé sur un lit. Il est tout mouillé et grelotte de froid. Je lui tiens les mains. J'essaye de le réchauffer. Il sera admis à l'hôpital.
A l'hôpital, il passera plus de trois mois. Je vivrais une des pires expériences de ma vie avec les services de santé, et le personnel. Au début, il passera une dixaine de jours au bloc B: qui est réservé aux personnes agités. Ensuite il est déplacé au bloc C. 
Pendant son séjour dans ce bloc, je lui rendit visite chaque jour. Une fois, il refusera de m'accueillir et me reprochera de lui avoir envoyé quelqu'un ( un psychologue de l'hôpital ) pour le voir. 
Lors d'une de mes visites, on m'informa qu'une de ses medecins traitants voulait discuter avec moi de sa prise en charge thérapeutique. On fixera un rendez vous dans la semaine. 
Lors de notre rencontre, elle m'informa que au vue de l'attitude de Yassine (qui refuse de prendre ses médicaments de manière régulière), il serait préférable qu'il prenne un traitement à long terme, c'est à dire une injection de neuroleptique a libération lente et prolongée, d'une action thérapeutique de 3 à 6 mois. Reste à choisir entre deux molécules : l'Aldol® et le Respiridone® Elle m'exposa les risques et les effets secondaires  de chacun des produits 
Pour cela, il fallait mesurer la dose maximale de tolérance pour chacune des molécules et sa  réaction. Une semaine après le début du traitement à l'Aldol®, il deviendra tout jaune et  développrera une infection hépatique. Le staff médical décidera alors d'interrompre le traitement. 
Au départ, pendant 15 jours de rupture thérapeutique , il était calme. Puis devint agité et à du subir une contention physique qui l'a conduit à un état quasi végétatif. Il faisait caca sur lui et refusait de prendre ses médicaments par voie orale. 
Pendant cette période, je ne pouvait pas le voir. Chaque jour je lui ramener des nouveaux habits pour le changer. Au bout de quelques temps il commencera à se rétablir. 
Le jour de son anniversaire, Le 16 avril, j'étais l'homme le plus  malheureux du monde qu'Il passe son 26 anniversaire à l'hôpital. Cela faisait déjà 3 mois et 10 jours qu'il était hospitalisé. 
Fin avril il quittera l'hôpital dans un état de grande fatigue. 
Cela fait 5 mois qu'il a quitté notre maison d'El Bouni et depuis son retour il dors jour et nuit et ne se réveille que pour manger...iIl était assommé par les doses de médicaments
Pendant cette période d'errance et d'hospitalisation de mon fils, j'ai pu à - mon âge avancé- connaître le fonctionnement de notre  société, ses attitudes  et surtout la psychologie des gens: le mépris et la jalousie. 
Une scène m'a particulièrement marquée: un jour après avoir  rendu visite à Yassine, une femme de ménage le provoqua méchament et l'insulta et le rendit "hors de lui", ce qui nécessita sa contention et sa mise avec les agités. Cette personne a fait cela par pure mépris et jalousie voyant que je rendit souvent à mon fils. Le policier permanencier qui refusa de me venir en aide... et qui refusera d'amener Yassine a l'hôpital par la force parce que je suis allé voir le permanence wilaya... Enfin notre famille celle de ma femme et la mienne qui me sont jamais venu en aide pour chercher mon fils... 





vendredi 14 février 2025

Yassine re-rechute

Cette fois Yassine, mon fils a franchi une nouvelle étape dans sa maladie. Le dimanche 26 novembre vers 22h, il a quitté notre domicile a El bouni après une dispute légère, pour errer ça et là en ville pendant 6 jours et 5 nuits. Le vendredi 1er décembre vers 17h, il rejoindra le domicile de sa grand mère dans un mauvais état mais acceptable. Après avoir passé 4 semaines chez elle, il accepta de rejoindre notre ex maison des allemands non sans peine... il vivra en compagnie de sa maman pendant une dizaine de jours. Il sortira un première fois le matin vers 8h pour  revenir le lendemain -un lundi-  vers 6h du matin. 
Le jeudi de la même semaine.  il sortira le soir pour acheter quelque chose.il ne reviendra jamais. Après moult recherche et trois jours a errer dans la ville dans le froid  et  sous la pluie. On a pu le retrouver dans un état déplorable: mouillé. sale et sentant mauvais...
Il est actuellement a l'hôpital depuis le 12 janvier 2025. Il refuse de me voir ; me rendant responsable de son hospitalisation. Depuis d'après les médecins: il s'améliore...

dimanche 21 juillet 2024

Visite chez Yassine à l'hôpital

Ce matin, j'ai rendu visite a Yassine a l'hôpital d'El Razi a Annaba. On a pu échanger quelques mots. Il avait l'air remis de ses hallucinations et de sa maladie, mais reste fragile. Pour l'instant il est hospitalisé et obligé de prendre ses médicaments, mais pourrait ne plus en prendre s'il retrouve l'extérieur et rechuter. C'est notre crainte.

jeudi 11 juillet 2024

Rechute de Yassine

Je suis triste a un point de non retour ... J'ai plus envie de me battre sachant ou croyant, que la bataille est perdue d'avance, car tu es imprevisible. J'ai envie de partir mourir rejoindre les miens à  Sidi Djemil, notre cimetière familial, le seul endroit où je me sent à l'aise au milieu de gens que j'ai aimé et qui me respectaient. Comme un lâche qui se rend à l'ennemi  en pleine bataille. Je ne veux plus me battre, je suis trop fatigué. Yassine mon fils bien aimé, cette fois,  plus que les autres, tu m'as brisé à tel point que pour la première fois je ressens du vide autour de moi, la solitude d'un vaincu. Un vide sidéral. J'avais eu un peu d'espoir a ton retour de France, il y a bientôt plus d'une année. Espoir déçu et la confiance en moi et en toi avec 
Le mardi 9 juin 2024. Nous avons vécu l'enfer comme toi, pendant ton délire, tes cris et tes mimiques bizarres. Tu as fais ton énième crise après plusieurs semaines de mutisme effrayant à la maison. Cela fait plus de six (06) mois que tu prenais pas correctement tes médicaments et que tu étais  mal. Tu avais tes raisons...  tu disais à ta mère -à qui tu te confiait parfois- : que tu avais peur de vivre dans la dépendance des médicaments et de leurs effets secondaires néfastes. A moi tu me parlais pas, tu me méprisais, sans raisons. Je t'en veux pas et je te pardonnerais toujours, car tu es mon fils et  malade. Seulement ta maladie ne te permet pas d'arrêter tes médicaments. C'est toi même qui me l'as dit; un jour d'éclaircies dans ta  tête: rares certes, mais combien pleines de bonheurs avec des échanges d'un niveau intellectuel hors du commun. Tu es enrichissant dans tes dialogues: précis et circoncis. Les échanges avec toi sont passionnants.
Il faudrais patienter longtemps d'après les médecins, mon fils, pour éviter de prendre tes médicaments et surtout... changer ton comportement...et t'intégrer au milieu social où tu vis. Vu ton caractère et mon âge je ne pourrais t'accompagner encore dans ton errance et ta maladie: une maladie dure et cruelle pour toi et pour nous. 
 Et pourtant, après ton retour de France, tu étais convaincu qu'il te fallait des médicaments pour que tu puisse vivre en société...
Notre patience a été déçue.
Moi je n'ai plus la force de  supporter de te voir malade, et souffrir... Yassine pardonne moi, tu peux pas imaginer combien je souffre ...

mardi 23 avril 2024

Voyage en Tunisie

 Depuis le 19 Avril je suis en Tunisie accompagné de ma femme et de mon fils Cadet Yassine. Ce voyage a été initié par mon fils aîné Farès qui est venu de Munich en Allemagne le même jour. 

Je ne sais pas si on peux parler de vacances dans notre cas. A part Farès qui en profite pour faire du sport se balader et aller bronzer a la plage - un peu trop- dans cette pittoresque banlieue de Tunis: La Marsa et Sidi Bou Saïd qui est le lieu de notre résidence dans un F1 exigu,  inconfortable et un climat exécrable pour une fin de printemps. Le reste de la famille vague à des préoccupations quotidiennes routinières sans rapport avec les vacances espérés. Ma femme s'occupe de la cuisine et du ménage, Yassine est scotché en permanence à son téléphone portable en train de jouer a des jeux en ligne et moi faisant les courses le matin et la  sieste l'après midi. Quelques sorties nous ont permis de mesurer la cherté de la vie en Tunisie. Les quelques sorties que nous avons pu effectuer au niveau de la Marsa et a la Kasbah de Tunis nous ont permis de mesurer la dégradation du cadre de vie en Tunisie pour les touristes que nous sommes sensés être: méfiante, froideur dans l'accueil, et arnaque en tous genres ; à tel point que je me suis demandé -un instant- si j'étais pas en Algérie. A Sidi Bou Said et au centre de Tunis on a pu voir des dizaines de cars de touristes, ce qui est une bonne chose pour le pays.  Lorsque bon sait que la principale source de devises pour la Tunisie est le tourisme, en ne peux que se  réjouir. La Tunisie d'antan, celle que j'ai connu en 1976 dans ma jeunesse n'existe plus... Aujourd'hui tout est cher et hors de portée de la classe moyenne Tunisienne et par ricochet des touristes Algériens....pour l'instant, ils profitent des remises hôtelières de basses saisons assez conséquentes , tant que les touristes européens ne reviennent pas en masse.

Farès est retourné en Allemagne le 1er mai sur le vol Tunis Munich . Nous on a pris la direction de la frontière Algérienne  pour rejoindre notre notre demeure à El Bouni et la routine habituelle....


jeudi 25 janvier 2024

Annaba.

Nous quittâmes Dréan, le matin, en cette chaude journée du samedi 5 Août 1967. une date que je ne peux  oublier pour milles et une raison, car ce fut pour nous, toute la famille, le début  d:une nouvelle destinée. Un changement radical. Nous allions nous  installer dans une petite villa coloniale qui était abandonnée et que mon père avait rénovée avec le concours de son employeur: le  centre de formation professionnelle pour adultes,  elle se situait, tout près du pont sur l'Oued Kouba,  au bord  de la route menant à la carrière dite "Mariage" du nom de son ex propriétaire: un ex colon qui a quitté  l'Algérie depuis peu. C'était  encore  la campagne,. De grands arbres d'eucalyptus et des rosiers peuplaient encore, les rives de l'Oued qui n'était pas encore couvert et  drainait aussi bien les eaux que les branches des arbres qui s'y trouvaient ou qui tombaient un peu plus haut sur un des flancs sud de l'Edough.  Le matin, le petit camion Saviem gris d'un parent: "ami djaballah le père de Merzaka", c'est ainsi qu'on l'appelait en rapport avec une tante au 2ème degré, est venu pour nous prendre nous, et nos maigres affaires: une chambre à coucher achetée aux puces, quelques matelas,  diverses couvertures et une cuisinière acquise a crédit chez "ami Mohamed" Salemkour, l'épicier du village qui nous faisait  crédit, et le reste composé d'ustentiles de cuisine et diverses autres choses que ma mère avait jugée utile d'emporter. Avant notre départ, mon père était envahie par l'émotion - les gens de chez-nous étaient ainsi- et ne pouvait retenir ses larmes entouré  par quelques parents et voisins qui le consolait tout en pleurant avec lui. Il avait  l'impression d'abondonner les siens et de partir aux fins fonds du monde a 24 km ... Ma mère qui  cachait sa joie, tout en restant discrète,  m'avoueras plus tard, que c'était un des plus beaux jours de sa vie d'avoir quitté ce lieu où  la misère était tangible, prégnante et insupportable. Je pense que c'était la seule qui réalisait l'importance et l'intérêt de ce déménagement pour notre famille.
 Notre nouvelle demeure à  Annaba se composait juste d'un rez de chaussée avec une toiture en tuiles rouges couvrant les deux chambres et le salon, tous mitoyens avec un couloir en longueur et une cuisine dans le prolongement  avec un débarras et sa salle de bain, le tout couvert par  une  petite terrasse avec sa citerne de stockage d'eau. De part et d'autre  se trouvraient deux  petits jardins dont un en balcon derrière les chambres et accessible de l'extérieur et l'autre accessible à partir de la cuisine avec un poulailler et quelques arbres fruitiers. 
On vivra huit longues années dans cette maison, jusqu'au jour où on nous obligea de partir ainsi que notre voisin "ami Rabah", un ex réfugié Algérien en Tunisie  pour construire un petit bâtiment hideux à la  place de nos deux belles petites demeures.
La plage de Rizzi Amor ( Chapuis) se situait à peine à 300 mètres de notre habitation. On pouvait y accéder a travers une route goudronnée bordée d'eucalyptus traversant une serie de plantations agricoles.

Le soir de notre déménagement, juste avant le coucher du soleil, ma mère m'envoya pour chercher du pain à la cité Kouba que je découvrit pour la première fois. L'endroit contrasté beaucoup avec nôtre village: il était plus animé et plus lumineux avec un ensemble de bâtiments bien agencés, avec en son  centre, quelques épicieries , une boulangerie, une boucherie , un coiffeur,  une crèmerie et même un coin mosquée... J'étais accompagné par Athmane qu'on surnommé "jeghata" car il était maigre et avait un cou longiligne, un voisin de notre "cour" à Dréan  et mon oncle Rabah qui habitait déjà Annaba à "Santana" au centre ville, sobriquet du quartier"Santa anna ". Au retour de la cité, il faisait déjà nuit et tellement sombre, qu'on avait peur de rejoindre la maison par le  trajet emprunté à l'aller, qui était à peine distant de 200 mètres a travers l'Oued et ses rosiers. Suivant les conseils de mon oncle Rabah, un personnage unique et  fantasque qui voulait certainement nous impressionner et nous faire découvrir "sa" ville en nous faisant faire le tour de la moitié de la cité pour regagner notre demeure à  travers le quartier de Béni M'haffeur soit plus de 5 km de distance. Nous rentrâmes tard et sans ramener de pain.


mardi 9 janvier 2024

Notre "cour" de Dréan.

Mon enfance à Mondovi devenu depuis Dréan, après notre retour de Marseille, a été un mélange de moments de joies éphémères et de privations diverses. Dans les deux chambres  en pierres avec leurs toitures en tuiles rouges qu'a bien voulu nous céder la grand-mère de mon père dans ce " cour', on manquait de tout ou presque: pas d'électricité, pas d'eau courante, pas de gaz,  pas de chauffage. On s'éclairais au "kanki": une lampe à pétrole en cuivre surmontée d'une "bellara": un genre de couvercle en verre faisant le rôle et l'effet d'une ampoule.  Presque chaque jour on m'envoyais  acheter un 1/2 litre de pétrole, qu'on utilisait comme combustible d'éclairage. Pour l'eau; c'était la débrouille, pour  boire, on avait droit à une eau de source saumâtre qu'on conservait  dans une petite  cruche "el-bekbaka" , et on utilisait l'eau stockée dans  la grande cruche "El boucha " en argile pour faire nos repas quotidiens . "El boucha"  était toujours adossée dans un coin de la chambre qui nous servait de cuisine et de salle à manger avec  sa " meïda"  faisant  fonction de table basse  et un ou deux bancs en bois qui nous servait comme chaise. L'eau pour faire la vaisselle ou pour laver le linge était stockée dans les bassines en zinc. Pour laver le linge on rajouté du ""Cheb"  certainement des cristaux  de soude pour adoucir l'eau afin de faire des  bulles avec savon. En hiver on collectait  l'eau de pluie que l'on recoltait dans des fûts grâce  aux gouttières qui ceinturaient le bas des pourtours des toits en tuiles. Pendant l'hiver,  la nuit pour se réchauffer, on dormait allongés par sexe  les uns a côté des autres et on se couvrait lourdement avec une grosse couverture de laine "el-hambel" pour éviter d'attraper froid. Chaque matin, ma mère arrangé les affaires de notre couchage sous forme d'un talus de matelas, oreillers, et couvertures sur le "sandogue" une grosse malle en bois ramenait comme dot de son mariage et qui contenait les choses les plus précieuses de la maison, et surtout celle de ma mère;  comme les bijoux et les habits des fêtes. Ainsi arrangés le couchage était couvert par un drap pour constituer une "seda".
Pour palier au cas où quelqu'un venait de disparaitre , chaque "seda" doit contenir obligatoirement des sacs de semoule et de couscous, afin de servir comme repas mortuaire.  Une habitude répandue en ses temps là.
On achetait rarement du pain. Ma mère nous préparait des galettes sur le "tajine" placé sur une "tabouna" contenant du bois que l'on achetait par fardeau,  chez les vendeurs à la criée qui sillonnaient les rues du village avec leur ânes, ou à défaut  de "louguid": un mélange de bouse de vaches et de paille séchée que l'on ramassait dans notre écurie..Pour se doucher; on chauffait l'eau dans une bassine  en zinc sur la "tabouna" et on se lavait  a l'abri des regards dans un grand évier qu'on appelait  "el-guesgha" qui en fait était un grand fût coupé près de sa base et qui servait de réceptacle de l'eau de bain pour qu'elle ne se disperse pas dans la maison. Cette même ustensile servait a laver le linge.
 On mangeait rarement de la viande et pour la conserver, comme celle  du mouton de l'Aïd, on faisait du "guedid" avec les côtes et certains parties du mouton qu'on salaient abondamment et séchaient au soleil. Ainsi on pouvait les conserver  assez longtemps, Les autres parties du mouton sont légèrement salaient et légèrement grillés dans de l'huile pour être conservés quelques jours dans une grande marmite. Ainsi pendant plusieurs jours on utilisait cette viande pour faire des bons plats. Ainsi était notre quotidien dans notre minuscule demeure ; on vivait le jour le jour entouré d'un minimum de confort. Livré à toutes sortes de misères et de difficultés, tout en gardant l'espoir d'avoir un jour une vie meilleure.